Sexe ou genre : quelle question poser dans un questionnaire ?

Infographie en deux colonnes sur la question à poser, sexe ou genre, selon les casQuestio (avec l'outil Canva)

Poser une question sur le sexe ou le genre dans une enquête n’est jamais neutre. Selon l’objectif de l’étude, les enjeux de comparabilité statistique, d’inclusivité, de qualité des données ou de conformité RGPD ne sont pas les mêmes. Comment choisir la bonne formulation ?


Dans la conception d’un questionnaire, la question du sexe ou du genre n’est pas anodine : elle touche à la fois à la qualité statistique des données, à la comparabilité avec les sources externes, à la sensibilité des personnes interrogées et à la finalité même de l’enquête.

Autrement dit, on ne pose pas cette question de la même manière selon que l’on veut produire des statistiques ou recueillir une information directement utile à la compréhension des répondants.


Deux usages à distinguer

 Premier cas : une enquête qui vise à produire ou comparer des données statistiques par sexe.

Ce cas s’avère le plus courant pour les clients que nous accompagnons chez Questio. Dans cette configuration, l’objectif principal est la robustesse de l’analyse, la cohérence des redressements et la possibilité de comparer les résultats avec les sources de référence.

En France, les statistiques publiques et de nombreux indicateurs de pilotage reposent encore largement sur la distinction femme/homme.

Dans ce cadre, ajouter une modalité « autre » n’apporte souvent pas de bénéfice méthodologique suffisant, surtout si l’effectif attendu est faible. Le risque est alors de créer une catégorie hétérogène, difficile à interpréter et peu exploitable dans les tableaux de synthèse.

De plus, il arrive que ce ne soit pas la personne directement concernée qui réponde au questionnaire, et par conséquent l’information ne peut pas être fiable.

Exemple
Dans une entreprise ou une organisation, lorsqu’on demande combien il y a de salariés ou d’adhérents ou de bénévoles, en distinguant femmes et hommes, le répondant ne va pas nécessairement savoir combien il y a de personnes non binaires.

 Le second cas est très différent : l’enquête interroge directement des personnes, sur leurs comportements ou leurs opinions.

Le fait que les répondants puissent se définir comme non binaires, ou ne pas se reconnaître pleinement dans les catégories classiques, peut dans certains cas s’avérer tout à fait pertinent pour le sujet étudié. Là, la logique n’est plus seulement statistique. Elle devient aussi descriptive et potentiellement explicative.

Dans ce contexte, réduire la question à femme/homme peut appauvrir les résultats, voire produire un biais de représentation. Encore faut-il formuler la question de l’identité de genre de manière adéquate. Poursuivez votre lecture, j’en parle un peu plus loin.

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Pourquoi garder seulement femme/homme dans certains cas

Lorsqu’il s’agit de statistiques de pilotage ou de comparaison, outre ce qui a été dit précédemment, plusieurs arguments plaident pour un format binaire :

  • D’abord, la comparabilité avec les données nationales est essentielle. Les séries officielles s’appuient le plus souvent sur la distinction femme/homme. Si l’on veut rapprocher une enquête d’un référentiel INSEE, d’un indicateur emploi ou d’un suivi d’égalité professionnelle, la variable doit rester compatible avec ce standard.

  • Ensuite, il y a un argument de calage statistique. Les enquêtes professionnelles (B2B) utilisent fréquemment des variables de structure pour pondérer, redresser ou croiser les réponses. Une modalité supplémentaire mal renseignée ou peu fréquente peut fragiliser ces traitements.

  • Il y a aussi une question de lisibilité. Dans beaucoup d’enquêtes, « autre » devient une catégorie résiduelle dont le sens analytique est flou. Elle agrège des réalités différentes sans garantir une lecture stable. Plus la modalité est rare, plus le risque est grand qu’elle soit inutilisable sans compromettre l’anonymat ou la confidentialité.

  • Enfin, il faut rappeler le principe de minimisation présent notamment dans le RGPD : s’agissant de données personnelles potentiellement sensibles selon le contexte, on ne doit collecter que les informations strictement nécessaires à la finalité annoncée. Si l’objectif ne requiert pas une mesure plus fine du genre, le binaire se justifie pleinement.

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Une nuance importante

Les données disponibles sur les expériences de genre rappellent toutefois qu’une lecture purement binaire ne résume pas toute la réalité sociale. Il est important d’avoir des ordres de grandeur à l’esprit pour comprendre les limites statistiques de certaines catégories dans les enquêtes quantitatives.

Ordres de grandeur

D’après la dernière grande enquête sur la sexualité des Français publiée en novembre 2024, une personne sur mille (0,1% de la population) déclare avoir entrepris des démarches pour changer de genre. Dans le cas où votre enquête recueille 5000 réponses (ce qui est déjà beaucoup), vous avez potentiellement 5 personnes dans ce cas de figure. C’est clairement insuffisant pour en tirer d’autres statistiques.

Toujours d’après la même enquête, 2,3% des femmes et 2,4% des hommes de 18-89 ans déclarent avoir déjà pensé à changer de genre, ce qui peut inclure des expériences de non-binarité et/ou des interrogations sur sa féminité/masculinité. Cette catégorie est nettement plus large.

Cela ne contredit pas l’usage d’une approche binaire dans une enquête statistique. Je rappelle plutôt ici que le choix méthodologique doit être aligné sur la finalité : mesurer une structure de population ou accueillir une identité.


Comment formuler une question sur l’identité de genre

Lorsque le sujet de l’enquête le justifie, on pose donc la question du genre du répondant, en respectant de préférence une formulation la plus ouverte possible. Elle doit être claire, non prescriptive et, idéalement, laisser une marge d’auto-définition. Une bonne option est de distinguer l’identité de genre de manière explicite.

Exemple

Parmi les propositions suivantes, laquelle correspond le mieux à votre identité de genre ?
Femme
Homme
Non-binaire
Je préfère me définir avec mes propres mots : _____
Je préfère ne pas répondre

Une formulation de ce type présente plusieurs avantages :

  • évite d’imposer une grille trop étroite ;
  • permet à la personne de se reconnaître dans une modalité proposée ou de s’exprimer librement ;
  • et ménage une option de refus, utile pour ne pas forcer la réponse.

Il peut être également bienvenu d’ajouter une phrase introductive précisant l’usage de la question, par exemple : Cette question nous aide à mieux comprendre la diversité des répondants, lorsque cela est pertinent pour l’étude. Ce type de contextualisation améliore l’acceptabilité de la question, et du questionnaire en général.

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Pour conclure

Quand on interroge les répondants sur leur sexe ou leur genre, la bonne question n’est pas « faut-il ajouter ‘Autre’ ? », mais « que cherche-t-on à mesurer ? ».

Si l’enquête vise des statistiques comparables et redressables, femme/homme peut être le meilleur choix. Si le sujet de l’enquête est en lien avec l’identité de genre, une formulation inclusive devient pertinente.

La qualité d’un questionnaire tient souvent à cette discipline : poser la bonne question en fonction de la finalité.


Questio est l’éditeur de la plateforme d’enquêtes questionnaire-pro conçue pour concevoir des questionnaires, collecter les réponses en ligne et traiter les résultats, en toute autonomie ou avec notre accompagnement (essai gratuit 14 jours).


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A propos de Françoise Lafont

Cofondatrice de Questio (éditeur du logiciel questionnaire-pro), consultante et formatrice, je partage dans ce blog mes connaissances théoriques et pratiques dans le domaine des enquêtes et sondages en ligne, auto-diagnostics numériques et protection des données (RGPD).

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